Comment parvenir à faire le deuil du désir d'enfant?
Bonjour,
J'ai 36 ans et deux enfants, qui sont arrivés par "miracle", c'est-à-dire qu'avec mon mari nous avons déjoué les pronostics des médecins, qui nous avaient prédit le recours à la PMA compte tenu du parcours médical de mon mari.
Nous ne nous sommes jamais autorisés à questionner notre désir d'enfant à tous les deux, car on savait que le parcours de PMA serait long et difficile, et nous n'osions pas nous projeter. Quand je suis finalement tombée enceinte de mon premier enfant, on a cru à un coup de chance et n'avons pas discuté d'avoir un autre enfant.
Malgré une grave dépression port-partum que j'ai surmonté avec une thérapie, le désir d'un autre enfant a finalement vivement émergé en moi.
Mon conjoint était beaucoup plus réservé, compte tenu de la crise que notre couple avait traversé après la naissance mon fils. Puis, il a fini par me dire qu'il n'était pas vraiment partant pour un 2ème. Sauf qu'il s'est avéré que j'étais déjà enceinte, d'un 2ème bébé "de la chance". Nous avons donc décidé de le garder.
Mon mari m'a martelé pendant toute la 2ème grossesse qu'il fallait que j'en profite, car ce serait la dernière, d'autant plus que nous avons eu une petite fille (donc une symétrie familiale parfaite). Mes grossesses ont été pour lui "une torture" (je cite).
Sauf que le jour même où j'ai accouché, j'ai ressenti au plus profond de moi que mon désir de maternité n'était pas pleinement réalisé. Cette seconde naissance s'est infiniment mieux passée que la première, et a plus ou moins consciemment "réparé" le traumatisme de la naissance mon premier enfant. Je me suis enfin sentie pleinement mère, et je pense que cela a relancé et réactivé beaucoup de choses en lien avec ce que représente la maternité pour moi (en positif).
J'ai d'abord cru que le cocktail hormonal post-partum embrouillait mon ressenti, que ce désir passerait avec le temps (et la réalité du quotidien).
Mais près de deux ans après, je sens toujours un désir très fort d'un 3ème et dernier bébé, je me projette complètement dans cette configuration familiale.
Je souffre beaucoup de cette situation car je sais que mon mari ne voudra jamais d'un dernier enfant, et il vit même assez mal ses premières années de père (il voudrait faire "avance rapide" sur ces années pour que nos enfants grandissent vite et soient plus autonomes.)
J'ai réussi à m'en ouvrir à lui, et il prend acte de ce désir de dernier enfant et de ma souffrance à y renoncer, mais sans plus. Je me sens très seule et perdue, et j'ai le sentiment qu'il ne réalise pas les implications très profondes de ce renoncement pour moi. Je n'ai pourtant pas l'impression de faire un "caprice" de femme, car j'ai bien conscience qu'un autre enfant "alourdirait" un quotidien déjà bien chargé, et je suis même capable de me représenter que j'en aurai fini avec la maternité avec ce 3ème enfant.
Dans tout cela, l'arrivée de mon 2ème enfant a quand même de nouveau fragilisé notre couple, avec la fatigue, les rythmes et ce fossé qui se creuse sur nos visions et vécus différents de la parentalité et du couple parental. Nous nous sommes beaucoup éloignés. Alors pourquoi en vouloir un 3ème enfant si mon couple va mal ? Tout serait plus simple si j'arrivais à me ranger à son avis, mais ce serait nier ce ressenti profond.
Je ne sais pas comment parvenir à faire ce deuil de cette dernière maternité, de manière apaisée, sans "subir" ce process à cause de la volonté de mon mari.
C'est vraiment un tournant dans la vie d'une femme, mais qui peut être tellement douloureux quand ce n'est pas par choix.
Je sens que si je ne règle pas le problème maintenant, il me reviendra en pleine figure dans quelques années.
C'est pour l'instant un renoncement qui me coûte beaucoup, et j'en suis à me dire que quitte à faire ce sacrifice, et puisque dans tous les cas mon couple bat de l'aile et que mon mari ne manifeste pas l'élan de m'accompagner dans ce deuil symbolique, autant reprendre ma liberté en me séparant. Mais comme je ne veux pas faire exploser ma famille, je reste, bien que je ressente le besoin de m'isoler pour faire le point sur tout cela.
Merci d'avance pour vos conseils.